Mélanie Broglio

Pour Mélanie Broglio la rencontre avec la céramique est un aboutissement heureux après plusieurs années "préparatoires" auprès de nombreux médiums : mosaïque, peinture à l'huile, acier, résine... Elle rencontre la terre en 2012 et s'inscrit à l'école des Beaux arts de Vallauris en cursus professionnel puis à la section des "Jeunes créateurs". Les dessins et la peinture de grandes toiles des années précédentes génèrent immédiatement le désir de sculpter l'humain dans de grandes dimensions. Elle se forme seule dans son atelier et près de ses fours pour la réalisation de ces grands volumes (100 kg) qui nécessitent d'appréhender le fonctionnement de la terre et ses limites. A la forme s'ajoute le travail de la couleur, comme un peintre superposerait les glacis mais avec l'exigence de l'émaillage et ses centaines d'essais sur faïence, grés et porcelaine. Curieuse et avec la volonté d'avoir une culture et une vision large de la céramique pour une plus grande liberté, elle pratique également le moulage, le tournage et mèle l'acier, la corde à son travail.

Mais face à l'excitation de l'exploration technique, il reste la nécessité de ne pas perdre de vue une démarche artistique, l’œuvre comme objet d'émancipation.

Car en cette période trouble, la société contemporaine évacue bien souvent les lieux de la contemplation et de l’expérience subjective. Pour Mélanie Broglio, l’art peut s’y réemployer.  Son travail se situe derrière le bruit de nos vies, dans ces zones de calme où l’on accède rarement. 

Si ses grandes figures féminines dont la présence imposante et parfois théâtrale rappellent la statuaire religieuse occidentale, avec une forte inspiration par la sculpture baroque, il s'agit en réalité de détourner l'iconographie religieuse. Elle met en scène des archétypes aux figures contradictoires : vierge ou pécheresse, sainte ou gorgone, idole ou martyre. Ce sont des personnages mystérieux aux attitudes ambiguës, aux yeux voilés d’émail et dont les regards nous traversent. Malmener et mettre en scène ces archétypes en conservant bienveillance et humour, c'est toucher aux couches sédimentaires de l'humanité. La proposition de nouveaux archétypes, parfois aux portes de la transgression, questionne la féminité entre soumission aux modèles et liberté. 

" L'union des opposés m'est chère, pourquoi procéder par soustraction quand on peut procéder par addition ? Tout dépend de l’observateur, ce que je peux faire c’est apporter de l’énergie dans mon travail, je ne peux en influencer le résultat."